Syracuse – version guitare et chant de 1962

Un must

Parmi les plus belles chansons du répertoire de Henri Salvador, figure ‘Syracuse’ écrite en collaboration avec son compère parolier Bernard Dimey.

La version qu’il présente en 1962 est disponible sur Youtube :

Filmé en plan fixe sur toute la chanson, Henri Salvador délivre une version guitare, facile à retranscrire, avec un arrangement sophistiqué qui correspond tellement bien à l’image glamour de ce grand artiste.

J’ai pris un grand plaisir à travailler cette version mais je n’aurai pas l’outrecuidance d’en proposer ici une interprétation.

Comme toute pièce d’exception, ce morceau mérite d’être connu de tous.

Syracuse H Salvador B Dimey.pdf

Composition d’un Hit

Une rencontre

La rencontre d’un texte et d’une musique, à ces niveaux de qualité, n’est pas fortuite.

Et pourtant, à la fin d’une soirée festive, un artiste Montmartrois (écrivain, poète, sculpteur, dessinateur) propose à un musicien de Jazz, polymorphe et dilettante,  d’écrire  » la chanson la plus jolie du monde, avec les plus belles paroles du monde « .

Vu les circonstances, cela ne devait pas aboutir à un tel résultat.

La musique, composée au piano, en une heure de temps, s’accorde parfaitement à la rêverie poétique  inspirée par des pays exotiques sublimés.

Magie de la création artistique et qualité des intervenants !

 

Le poème

C’est un poème de 4 strophes, de 4 phrases chacune.

Chaque phrase contient 8 syllabes.

Les 3 premières strophes décrivent les images de la rêverie qui finissent par céder à la mélancolie dans la dernière strophe.

 

La musique

La forme

En établissant chaque phrase du poème sur 2 mesures on aboutit à la forme AABA standard des morceaux de Jazz de 32 mesures.

Le couplet (section A) est formé de 8 mesures et se répète 2 fois.

Le pont (section B) est également de 8 mesures.

Le couplet final (section A) des 8 dernières mesures se ralentit sur les 2 dernières pour créer l’effet dramatique voulu.

Le rythme
Mélodique

Les vers du poème sont octosyllabiques et la scansion de chaque phrase est faite sur un schéma de 2 mesures qui se répète.

La première mesure dépeint l’image sur les 7 premières syllabes et laisse le temps à la rêverie sur la dernière syllabe de la seconde mesure.

En lecture rythmique cela donne :

Ce cadencement lent et répétitif permet l’installation d’un climat détendu, propice à la rêverie.

Harmonique

L’emploi d’accords Jazzy est la marque de Henri Salvador : sans eux la chanson perd son âme.

L’arpège utilisé pratiquement sur tout le morceau (8 notes en double-croche), crée, par son mouvement de va et vient, une nappe harmonique d’accompagnement dont on ne perçoit la qualité que dans les mesures de temps longs (les mesures paires) : le ressenti nous transporte facilement sur une plage ensoleillée.

Bien que cette version possède une certaine rectitude rythmique dans son exécution, on pressent déjà que les versions futures pourront utiliser un rythme lent de samba.

 

La Tonalité

Le morceau est dans la Tonalité de D Majeur.

Seules les notes F# et C# présentent une altération dans la mélodie.

Pour un homme, le chant aigu sur cette tonalité n’est pas facile.

Henri Salvador utilise une voix de tête dans une tessiture de ténor (la note de départ de la chanson est la Quinte en Tonalité de D et correspond à A3 sur le piano).

 

Analyse harmonique

Section A
grille

La section A n’utilise que 2 accords qui ne s’alternent pas avec régularité.

Ces 2 accords ont la même fonction tonale et représentent chacun à leur manière le centre tonal :

  • F# m7 est degré III dans la gamme harmonisée de D Majeur
    • il est accord de substitution diatonique du degré I
    • il peut également être vu comme un accord D ∆ 9 sans sa Fondamentale
  • D6 add11 avec la Sixte à la base (note B) est premier degré arrangé pour enlever la platitude d’un accord Majeur.

Henri Salvador, en gardant la même note (F#) comme pédale aigüe sur tous les accords de la section A, introduit dans l’accompagnement, des notes de tension, diatoniques à la gamme de D Majeur, sans que ces notes appartiennent à la mélodie.

Ces accords, joués en haut du manche, apportent une certaine douceur qui contraste avec la voix d’Henri qui chante dans un registre plus aigu.

ambiguïté modale

Je note que ni les accords, ni la mélodie ne jouent la note G.

Cette note sert de marqueur dans le choix de la gamme de référence :

  • G naturel dans la gamme de D Majeur
  • G# ou Ab dans la gamme de A Majeur

En jouant de cette ambiguïté modale on peut élargir la palette des arpèges utilisables en solo en introduisant des arpèges présents dans la gamme harmonisée de A Majeur.

Deuxième strophe

Lors du jeu sur le second A (‘phrase : les amants de Vérone’), il utilise une autre renversement de l’accord D6 add11/B :

pour égrener l’accord avant de reprendre ses arpèges.

 

Section B
grille

La section B utilise les accords suivants :

Harmonie

Pour le pont, sur les mesures 17 à 20, l’harmonie module en G Maj (degré IV de D Majeur).

Am7 et sa variante Am9 sont le deuxième degré relatif à G Majeur.

On peut noter, que Henri Salvador reste sur l’accord de deuxième degré à la mesure 19 au lieu de passer classiquement par l’accord de dominante (un D7) avant d’atteindre le centre tonal temporaire de G : le triton (notes F# et C) contenu dans D7 n’est pas présent dans la mélodie et la répétition de la phrase mélodique ne réclame pas de tension supplémentaire.

Aux mesures 21 et 22, la phrase mélodique des mesures 17 et 18 est reprise 1 ton plus bas : pour rester dans l’harmonie il utilise Gm7.

La transition avec l’accord précédent de G ∆ add13 est harmonieuse (il suffit de baisser la Tierce de G ∆).

C’est un échange modal avec D phrygien (pratique courante de cadence plagale)

Aux mesures 24 et 25 pour retourner à la Tonalité de D Majeur, il utilise une cadence ‘ii . V7’.

La  beauté du procédé réside dans la transition par l’accord Em9/B qui n’est autre qu’un accord G ∆ avec une Treizième ajoutée.

Section A finale

Pas de changement dans les accords de la Section A initiale.

Un ralentissement sur les dernières mesures permet de créer un effet pour bien souligner la chute.

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