Le Solo

Colimaçon Solo

Sortir de l’accompagnement

Avec un peu de pratique de l’instrument on souhaite pouvoir échapper au rôle d’accompagnateur rythmique pour jouer des lignes mélodiques en solo.

Le piège est de penser qu’il ne faille oser le solo que lorsqu’on aura fait l’apprentissage de la théorie musicale en ayant assimilé tous les principes harmoniques, mais seulement après avoir pratiqué toutes les gammes et sans avoir oublié d’être devenu, entre-temps, un instrumentiste aguerri à toutes les techniques d’expression sur l’instrument.

Présenté et ressenti comme cela, l’objectif va vous paraître lointain et vous risquez de vous lasser.

Une première approche (atypique)

Le maître mot est ‘JOUER’.

Pour cela, il faut très vite incorporer tous les éléments nécessaires à un jeu plaisant et conforme au style sans s’embourber dans les difficultés techniques et théoriques.

En situation de jeu, on ne peut pas s’embarrasser de la complexité : on restitue simplement, et de la plus belle façon possible, ce qu’on a assimilé.

Pour intégrer d’emblée tous les composants nécessaires, il faut que la méthode soit d’une grande simplicité.

Après recherches et mises en pratique, j’ai opté pour une méthode itérative basée, au démarrage, sur l’apprentissage de seulement 2 gammes de 6 sons :

  • la gamme majeure hexatonique (et sa relative mineure)
  • la gamme mineure mélodique hexatonique.

Je développe les raisons de mon choix dans un article spécifique que vous pouvez lire en cliquant sur ce lien.

Sachez que cela n’est pas une méthode exclusive des autres. Chacun peut y incorporer ses propres acquis extérieurs.

Son principal intérêt est qu’en se focalisant sur 2 gammes faciles à maitriser on va être en mesure de jouer sur la grande majorité des cadences Jazz avec fluidité et assurance. A partir de là, la confiance aidant on intégrera petit à petit les autres approches pour étendre sa propre capacité de jeu.

J’ai choisi d’utiliser le sigle ‘$’ devant la Tonique de la gamme pour marquer le choix d’une gamme hexatonique. En suivant ce symbole dans les différents articles et pages publiés sur ce site, vous pouvez vous familiariser avec cette approche.

Préceptes courants

Créer un solo sur un morceau de Jazz tonal est une affaire d’improvisation contrainte.

Ces deux derniers mots peuvent paraître antagonistes mais ils cernent une réalité qui paraît difficile au débutant :

  • contrainte dans l’application de règles et principes propres au Jazz
  • improvisation dans la petite part de liberté qui reste dans le choix des notes, du rythme et de l’harmonie.

Un certain nombre de préceptes nous aident à démarrer dans la quête du bon solo :

 

Connaître le morceau

Il est essentiel d’être en grande familiarité avec le thème original. Etre capable de le chanter, siffler, marmonner est l’assurance de cette connaissance intime.

En repérant les changements d’accords à travers la mélodie on développe son sens de l’écoute. A l’inverse, avec de l’expérience, la lecture du changement d’accords permet de servir la mélodie.

Connaître les paroles et pour le moins l’histoire du morceau renseignent sur l’état d’esprit nécessaire à l’interprétation.

 

S’appuyer sur la mélodie

C’est certainement la façon la plus honorifique de rendre hommage à l’auteur que d’appuyer son solo sur la mélodie.

Le respect des points de rencontre importants entre la mélodie et l’harmonie permet à l’auditeur de suivre votre cheminement musical.

 

Connaître les changements d’accords

La métrique harmonique du changement d’accords est suivie dans votre tête lors de votre solo : bien souvent au lancement de votre chorus, vous n’êtes plus soutenu que par quelques instruments et le risque de se perdre est grand.

 

Utiliser les notes importantes des accords

Les notes de la mélodie qui sont dans les accords sont très stables et résonnent avec eux. Les Tierces et Septièmes en particulier sont de très bon choix.

 

Utiliser les notes de tension des accords

Pour obtenir une plus grande palette sonore on ajoute aux accords des notes dites de ‘tension’ qui vont apporter des couleurs supplémentaires à l’harmonie.

Ces ajouts ne se font pas uniquement dans l’accompagnement : le soliste a la liberté de les utiliser. Une bonne connaissance de la théorie aide à les placer pour que cela sonne bien.

 

Utiliser les arpèges

L’arpège est l’ensemble des notes de l’accord, jouées les unes après les autres, plutôt que toutes ensemble comme le fait l’accompagnateur.

L’arpège est donc étalé dans le temps et chacune de ses notes sonne juste par rapport à l’accord. Elles structurent la ligne mélodique.

Les notes de l’arpège représentent la grosse majorité des notes jouées dans un solo : rien qu’avec les notes clés (Fondamentale, Tierce, Quinte, Septième) on couvre les besoins basiques du soliste.

 

Utiliser des notes d’approche vers les notes importantes

L’approche d’une note à un demi-ton d’écart est une idée qui sonne très Jazz.

La note d’approche, même si elle n’appartient pas à la gamme de l’accord, fonctionne bien.

 

Utiliser des notes d’approche multiples

Au lieu d’utiliser une seule note d’approche on peut en utiliser plusieurs en chromatismes.

 

Connaître les gammes qui vont avec les accords

L’accord de base , par lui-même, fournit beaucoup de données par rapport à la gamme sur laquelle il s’appuie (4 notes su 7). Si de plus des extensions sont indiquées on retrouvera facilement sa gamme source.

Attention le contexte harmonique et la relation de l’accord avec ses suivants sont à prendre en considération pour statuer assurément sur la gamme.

Une même gamme sur plusieurs accords n’indique pas de jouer n’importe quelle note de cette gamme : les notes cibles de l’accord restent le canevas à suivre.

 

Utiliser des fragments séquentiels de gamme

Il est rare que l’on déroule complément une gamme dans un solo, par contre l’utilisation de fragments est très fréquent.

 

Eviter certaines notes par rapport à l’harmonie sous-jacente

Les notes à éviter ne sont pas nécessairement des notes à ne pas jouer. Elle peuvent être jouées (pas plus longtemps qu’une croche) en passant et ne doivent pas être maintenues.

L’usage des gammes hexatoniques permet d’omettre systématiquement les principales notes à éviter.

 

Convertir ses erreurs en approches et notes de passage

En situation de jeu on est amené à jouer des notes qui sont discordantes avec l’harmonie. Pour minimiser le dommage causé à l’oreille de nos auditeurs on peut les traiter comme des notes chromatiques d’approche vers une autre note.

 

Changer de direction dans ses gammes et arpèges

En arpèges ou en gammes le changement de direction dans une phrase fournit de la variété et augmente l’intérêt.

 

Sauter des notes et faire des zigzags

Le saut de notes est à encourager ainsi que les ‘zigzags’ qui correspondent à des montées de gamme à intervalle constant.

 

Utiliser l’enveloppement de notes (‘enclosures’)

Envelopper signifie approcher une note par les deux côtés de cette note.

Cette technique est particulièrement efficace sur les notes cibles des accords.

 

Utiliser la répétition et le séquencement d’idées mélodiques

une bonne idée mélodique mérite d’être répétée immédiatement ou plus tard dans un solo.

Si la mélodie répétée est transposée pour cadrer avec un accord différent elle est dite séquencée.

 

Utiliser les motifs et citations

Il est fréquent d’utiliser des fragments d’autre standards ou de solo très connus. Cela produit un effet de surprise et est considéré comme une forme d’humour.

Certains motifs sont devenus des effets de jeu à part entière (‘Honeysuckle’, ‘Solar’, etc.)

 

Répéter les intervalles

Pour renouveler l’intérêt de l’auditeur après plusieurs chorus pourquoi pas utiliser un jeu en Quarte, en Sixtes, etc.

 

Faire varier la durée des notes

Dans une répétition de motif on peut jouer les mêmes notes en changeant leur durée.

 

Démarrer les phrases ‘Off beat’ et utiliser la syncope

Syncoper est un élément symptomatique du phrasé Jazz. Cela pousse la mélodie vers l’avant.

Démarrer une phrase un demi-temps avant ou après une mesure, voire même deux temps après est de pratique courante.

 

Oser vous exprimer avec vos propres idées

De nombreux exemples sont accessibles et restent utiles à votre formation musicale.

Dès que possible n’hésitez pas à les faire varier et à les ‘réinventer’