Notions d’harmonie

Roue Quintes

Un vocabulaire spécifique

Quand on parle d’harmonie avec un musicien de Jazz on évoque « les notes qui s’enchaînent, qui forment des gammes (voire  des modes), des accords qui forment des cadences, des tonalités articulées autour de modulations, … »

Ce vocabulaire spécifique, relatif à l’harmonie, à besoin d’être explicité pour enlever tout caractère ésotérique à cette matière.

Informations tonales

On aura besoin d’analyser cinq informations tonales distinctes pour définir une harmonie

  • l’accord de base
  • la tonalité principale
  • les tonalités locales
  • les notes de la mélodie

l’accord de base

A l’état fondamental, un accord est représenté sous la forme d’une superposition de tierces. Dans l’harmonisation de sa Tonalité il représente un degré (exprimé en chiffre romain) qui qualifie l’intervalle entre la fondamentale de l’accord et la tonique de la tonalité (ex: C Maj7 est I en tonalité de C Majeur et D-7 est ii)

Sur la partition ou la grille, les accords sont marqués de façon à nous permettre de déterminer les notes qui les composent, mais sans indication quant à la manière de les jouer.

D’un point de vue harmonique

« L’accord est un ensemble de trois notes (ou plus) sonnant simultanément, ou fonctionnant comme si elles sonnaient simultanément »

En fait, l’accord constitue une abstraction par rapport aux notes de la mélodie car les notes de l’accord ne correspondent pas nécessairement aux notes jouées, elles sont plutôt perçues comme notes prépondérantes par l’auditeur pendant une certaine période de temps (la durée de l’accord).

L’accord crée un contexte tonal local et n’est pas un ensemble de notes réellement notées et jouées : il a essentiellement une fonction tonale.

Tonalité principale

La tonalité fournit «  le cadre dans lequel les notes et les accords sont perçus »

Le concept de tonalité, comme celui des accords, n’a pas de définition formelle unique. C’est une certaine idée de la stabilité harmonique et plus particulièrement le fait qu’une note (la Tonique) reste stable (ou importante) durant une certaine période de temps (plus longue que la durée d’un accord).

C’est en raison de cette stabilité harmonique que les altérations sont marquées à l’armure et qu’elles définissent la tonalité générale.

Pour établir une tonalité, il faut que les rapports de tension ou de relaxation harmonique entre les accords se manifestent autour d’un accord central :

  • en insistant sur cet accord suffisamment longtemps
  • en utilisant des accords qui peuvent se substituer à cette tonique (iii et vi pour gamme majeure, bIII et bIV pour gamme mineure naturelle)
  • en employant des cadences caractéristiques qui consolident le centre tonal
gamme et modes

La tonalité induit la gamme et les accords

Une gamme est un ensemble de notes qui sert de squelette à une tonalité. La première note est appelée ‘Tonique’.

C’est la distribution des intervalles formés par les notes, à l’intérieur d’une gamme, qui constitue le ‘mode’. Les modes d’une gamme sont toutes les façons de jouer diatoniquement cette gamme en démarrant à partir de chacun de ses degrés.

Les gammes les plus fréquentes en Jazz sont :

  • la gamme majeure,
  • la gamme mineure naturelle (gamme relative de la gamme majeure ou mode aéolien de la gamme majeure),
  • La gamme mineure mélodique,
  • la gamme mineure harmonique.

La gamme majeure sert toujours de référence, avec son système de numérotation des degrés (chiffres romains) elle permet les analyses mélodiques et la définition des accords. Elle sert également de point de comparaison pour l’étude des autres gammes.

Pour couvrir correctement le sujet, on doit étudier les gammes suivantes :

  • Gamme pentatonique mineure
  • Gamme pentatonique majeure
  • Gammes majeure et mineure blues pentatonique
  • Gamme Majeure et ses modes
  • Gamme mineure harmonique et ses modes
  • Gamme mineure mélodique
  • Gammes Bebop (dominante, mineure, majeure)
  • Gammes symétriques (diminuée, augmentée, ton – demi-ton, par ton)
Jazz en Majeur

Les standards de Jazz sont principalement des thèmes joués en Majeur. Dans ces cas, les gammes mineures sont utilisées pour altérer les Tonalités Majeures.

Pour aborder les gammes mineures, il est intéressant de les comparer à la gamme Majeure :

  • Le son mineur harmonique est obtenu en augmentant la Quinte de la gamme Majeure
  • le son mineur mélodique s’obtient en diminuant sa Tierce.
cycle des quintes

Les Tonalités sont souvent présentées graphiquement autour d’un cercle appelé ‘cycle des Quintes’ ou ‘Roue des Quintes

Roue Quintes voisins relatif

Cette représentation est utile, entre autre, pour illustrer les concepts de ton relatif et de ton voisin.

Tonalités relatives

L’une est majeure et l’autre est mineure. La tonique de la tonalité mineure se situe une tierce mineure en dessous de la tonique de la tonalité majeure (ex : C majeur et A mineur). Elles partagent la même armure à la clé.

Roue ordre Quintes Maj et min

Tonalités voisines

Des tonalités sont voisines si, et seulement si, elles ont le même mode (majeur ou mineur) et si l’intervalle entre les tonalités de deux tonalités est une Quarte juste (en arrière) ou une Quinte juste (en avant) sur la roue des Quintes (ex: C majeur est voisin avec F majeur (Quarte en dessous) et G majeur (Quinte au dessus).

Tonalité locale

La tonalité locale est une partie du morceau (cycle d’accords en progression harmonique) qui présente une stabilité harmonique temporaire pour la durée de sa progression. Les différentes séquences de tonalités locales forment les modulations du morceau.

Passer d’un centre tonal à un autre, c’est moduler. Cela sous-entend de construire une nouvelle progression harmonique conséquente avec des cadences solides qui insistent pour former le nouveau centre tonal.

Dominantes passagères ou secondaires

En utilisant l’inclinaison naturelle d’un son à aller vers sa quinte inférieure, les jazzmen ont introduit des accords de dominante non diatoniques à la tonalité : cela permet d’introduire un accord étranger à la gamme sans choquer.

La Dominante Secondaire (D.S.) est un accord de dominante non-diatonique à la Tonalité et qui s’enchaîne exceptionnellement sur un accord appartenant à la tonalité. Cela donne une dynamique à la grille en accentuant la tension pour mieux souligner la résolution fugace vers un accord qui n’est pas toujours un accord majeur 7 : c’est le mouvement de quinte de la basse qui est important dans la résolution.

Mais attention, l’emprunt tonal ne dure que le temps de la dominante secondaire. Il ne s’agit pas à proprement parler d’une modulation (voir pièges de l’analyse harmonique)

Relations entre les gammes et les accords

Le choix d’une gamme est influencé par plusieurs facteurs :

  • La nature de l’accord (mineur, Majeur, dominante, etc.)
  • Les extensions et altérations utilisées par celui-ci
    • le principe est simple : vous pouvez utiliser tous les modes comprenant l’altération de l’accord (exemple : une b9 sur l’accord ‘V7’ entraîne une gamme mineure harmonique).
    • Si plusieurs altérations sont présentes dans l’accord (exemple : b9 et b13) cela réduit le choix, vous devez choisir les modes qui font entendre ces deux notes.
  • La fonction harmonique de l’accord : dans une grille harmonique, un accord est toujours relié aux autres
    • il est amené par l’accord précédent
    • il annonce l’accord suivant
    • il peut réaliser une cassure
  • Cette relation d’un accord avec l’ensemble de la grille harmonique va déterminer la manière dont il est perçu entraînant un choix d’altérations et de modes correspondants.

les notes de musique de la mélodie

C’est le niveau le plus bas dans l’harmonie, à elles seules elles ne permettent pas de faire une analyse très pertinente, mais l’harmonie ne peut pas être en désaccord avec elles. En tenant compte des notes de la mélodie on transforme la nature et la qualité des accords en leur ajoutant une couleur différente (les tensions mélodiques).

On a vu que les accords de base jouent un rôle déterminant dans l’harmonie et pourtant ils ne sont pratiquement jamais joués dans leur version basique : ils sont souvent remplacés, voire transformés, ou accompagnés d’autres sons appelés ‘tensions harmoniques’.

A chaque type d’accord correspondent des tensions valables qui ne sont pas conflictuelles avec les règles harmoniques. Certaines notes modifient la fonction tonale de l’accord et doivent être évitées pour que la relation mélodie/harmonie reste accordée.

On peut donc facilement déterminer la gamme correspondante à un accord et à l’inverse trouver les accords qui conviennent à une gamme.

Les notes cibles et la mélodie

La mélodie des morceaux de Jazz n’est pas seulement un alibi pour lancer un solo. C’est le squelette sur lequel va se greffer l’harmonie. La motivation du soliste c’est d’exprimer une mélodie et la trame lui est fournie par la mélodie originale.

Quand on analyse note à note les mélodies on remarque très vite que certaines notes sont plus nécessaires que d’autres. Celles qui forment l’armature et portent la musicalité de l’ensemble sont le plus souvent la Tierce et/ou la Septième (Majeures ou mineures en fonction du contexte) : ce sont les notes cibles.

Un bon chorus fait entendre l’harmonie

Pour respecter cette règle il faut passer par deux étapes :

  • intégrer complètement le thème pour ne pas manquer le ‘rendez-vous’ avec ses notes les plus distinctives.
  • servir les notes cibles à bon escient pour marquer musicalement les changements d’accords de la trame harmonique.

Le travail des notes cibles, essentiel à l’apprentissage du solo, fait l’objet d’un développement spécifique sur ce site (suivre le lien).

Voicings d’accords

S’il est possible de jouer un accord de plusieurs manières (suppression de notes, inversions, etc.) en revanche, le choix de tel ou tel accord est très dépendant du contexte tonal dans lequel il est joué (progression, soutient de la mélodie, nappe harmonique, etc.).

Le choix du renversement d’accord, de son registre, des tensions ajoutées ou non est appelé un ‘voicing’ (de l’anglais ‘voice’ qui signifie voix). C’est en effet chaque note de l’accord bougeant vers son suivant qui chante et suit sa ‘voie’ propre (basse, médium et aiguë)

Le Jazz à la guitare privilégie des voicings serrés (notes proches les unes des autres) pour des raisons évidentes de faisabilité technique et harmonique.

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