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Genèse et évolution des grilles de Blues

Genèse

Le Blues 12 mesures possède une structure bien précise, articulée autour de 3 pôles harmoniques :

Nota : Les grilles sont présentées en degrés harmoniques sur la partie gauche et transposées en tonalité de C sur la partie droite.

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Né du chant de travail (Holler), il est cyclique par nature et conçu comme un système ‘Question-Réponse’ pour exprimer l’effort ou la peine.

En introduisant un retour à la Tonalité du I après chaque degré, on obtient 6 découpes de ‘Questions-Réponses’

Pour avoir le temps d’exprimer son propos, il suffit alors de dédoubler la séquence qui s’allonge après coup sur 12 mesures

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La structure stricte du Blues à 12 mesures est apparue lorsque les musiciens ont commencé à jouer en orchestre. En effet, auparavant, les chanteurs de Blues s’accompagnant seul à la guitare se souciaient peu du nombre de mesures.

Blues traditionnel

A l’harmonie de cette forme primitive (sans péjoration) se confronte la mélodie du Blues qui emploie ses ‘Blue notes’ {b3, b5, b7} pour infléchir la rudesse du discours en Majeur.

En ajoutant une Septième mineure (b7) à une Triade Majeure {T, 3, 5} on constitue un accord de Septième de dominante

Ce faisant, on fait naître, entre la Tierce et la Septième mineure, un intervalle de 3 tons qui est particulièrement instable.

Si cet accord se dirige vers un autre accord dont la Fondamentale est une Quinte Juste en dessous on parle alors de résolution (retour vers une certaine stabilité harmonique)

Dans la structure Blues, on trouve deux emplacements où cette résolution peut intervenir (signalée par une flèche) :

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Le rajout d’une septième mineure sur les degrés IV et V fortifie également l’instabilité de ces derniers avant le retour vers le degré I.

Blues et Jazz

Blues et Jazz ont suivi des voies parallèles d’évolution en s’influençant l’un l’autre au gré des modes musicales tout au long du siècle dernier.

Mon propos n’est pas d’en décrire l’histoire, mais plutôt de dégager les principaux apports faits au Blues par toutes les grandes figures du Jazz qui n’ont jamais renier son importance dans leur jeu.

Swing

L’époque swing apporte les premières démarcations avec le Blues traditionnel :

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A partir de là, on voit apparaître des changements durables dans la grille :

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Un Jazz-Blues, joué en 1940 par Charlie Christian, mérite qu’on s’y intéresse :

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un article est dédié aux 3 chorus que Charlie Christian à joué sur cette grille (suivre le lien)

Mainstream

La force harmonique des degrés I IV et V, à leur point d’ancrage dans la grille, autorise l’utilisation d’accords de dominante qui s’appellent les uns les autres.

On parte de ‘modulation irrésolue’ avec des effets dynamisant propres à ce style.

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Tout naturellement, les Jazzmen pratiquant des arrangements harmoniques plus sophistiqués les ont introduits dans leur jeu du Blues :

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A partir de là, on se rend bien compte que si le discours est cohérent et que la suite d’accords est logique harmoniquement, on peut, en dehors des points d’ancrage, prendre quelques chemins de traverse.

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A ce stade d’évolution, la grille Blues est embrouillée mais structurellement conservée :

D’autres embellissements et arrangements peuvent être créés entre les points d’ancrage harmonique :

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Bebop

A partir de 1940, à New York, les avancées harmoniques et l’expérimentation mélodique de quelques grands du Jazz mène le Blues dans une autre dimension : le Bebop.

Malgré des tempos élevés et des progressions harmoniques alambiquées leurs virtuosité fait toujours transparaître la trame du Blues.

Dans les débuts du style, le Blues-Bebop a gardé le mouvement des Fondamentales du Swing mais en utilisant des accords de dominante et en insérant de nombreux chromatismes et ‘ii . V7’.

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Cette grille, moderne pour l’époque, est devenue aujourd’hui la norme du Jazz-Blues.

‘Toujours plus loin’ semble la devise des Bopeurs.

la grille suivante présente des nouveautés

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De cette époque, une grille, quelque peu différente, mérite notre attention : ‘Billie’s Bounce’

On y relève des procédés harmoniques totaux que l’on trouve généralement dans les standards

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D’un point de vue strictement Blues, on remarque qu’il n’y a pas de Turnaround sur les 2 dernières mesures (C »est au niveau du chorus que le retour vers I7 est exprimé)

Bebop variations

Avec un peu plus de complications se présente la grille suivante :

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En poussant le bouchon encore plus loin, on arrive à la grille suivante :

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Avec un rythme harmonique de 2 accords par mesure (la plupart du temps des ‘ii . V7’), on arrive à des séquences particulièrement complexes dont la qualité musicale réside dans une bonne conduite des voix d’accords (voice-leading)

Il est important de dire, à ce stade, que les grilles présentées ne sont ‘pas gravées dans le marbre’.

Les idées contenues dans ces grilles peuvent être combinées.

Quand, en plus, on y rajoute les extensions d’accords on peut très vite créer une infinité de blues différents.

Bird Blues

Charlie Parker avec son ‘Blues For Alice’ nous emmène très loin du Blues des origines.

On peut mesurer avec ce ‘Bird Blues’ tout le chemin parcouru.

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Ce Blues utilise une progression harmonique nommée ‘Parker Changes’ : une série de ‘ii . V7‘ qui conduisent de l’accord I Maj7 de la mesure 1, jusqu’à l’accord IV7 de la mesure 5.

Ces ‘ii . V7‘ descendent par ton entier et chaque accord de dominante est une dominante secondaire de l’accord suivant.

Après l’atterrissage sur le degré IV7 à la mesure 5, on rencontre une nouvelle série de ‘ii . V7‘ qui descendent cette fois par 1/2 ton :

              mesure 6                  mesure 7                    mesure 8                        mesure 9                mesure 10

Remontons le courant harmonique des dominantes de la mesure 10 à la mesure 6 pour expliquer la relation entre les différents accords de dominante :

Si, devant chacun des accords de dominante trouvés ci-dessus, nous mettons leur ‘ii‘ relatif, nous obtenons une descente de ‘ii . V7‘ par 1/2 ton.

Les deux dernières mesures forment une progression AnatoleI . VI7 . ii . V7‘ pour boucler vers le I Maj du début.

Tout les points d’arrimage harmonique du Blues sont respectés, mais le chemin qui permet de les atteindre est tortueux et escarpé : reste à faire un accompagnement convaincant et des chorus mélodiques (un vrai défi à relever).

 

Blues Majeur Swing Bop

Ce type de Blues est une forme où les degrés I et IV sont des accords ‘Majeur 7’ ou ‘6 9’.

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Il n’est pas certain qu’il puisse encore être qualifié de Blues.

Certaines caractéristiques du Blues sont conservées :

Mais le IV7 de la mesure 5 est manquant.

En lieu et place on y trouve le démarrage d’une cadence plagale courante dans les standards :

IV ∆ –> iv m –> I ∆

Un chorus sur ce type de Blues peut perdre le caractère Blues attendu par l’auditoire : le mélange mineur-Majeur caractéristique du genre.

Fichier pdf

Genèse et évolution grilles Blues.pdf

Epilogue

Le Blues est encore très vivant.

Tout un chacun peux s’inventer sa grille de Blues.

Les éléments harmoniques présentés ci-dessus sont utilisables aussi bien en accompagnement qu’en chorus.

Malgré ses nombreuses variations, le Blues reste un style unique avec une forte puissance émotionnelle qu’il soit joué avec 3 ou 25 accords.

Il faut en écouter le plus possible pour absorber connaissances et expériences sans pour autant se cantonner à notre instrument préféré.

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